25/03/2016

Michel Renouard, le sahib qui venait du pays du crachin



 
Michel Renouard, un universitaire breton, doué d'une culture encyclopédique et auteur de romans policiers.


On a beau être un universitaire rigoureux, cela ne vous empêche pas de cultiver la satire et l’humour le plus débridé. Et en matière de fantaisie, Michel Renouard  s’en donne à cœur joie. Après les enquêtes policières de Gabacho, voici celles du commissaire Achille Corneille, toutes aussi désopilantes les unes que les autres. La dernière en date, Le Siamois de Brest, est une histoire tout à fait insensée, un vrai régal. 


Tout commence par la découverte, dans un bois près de Brest, du corps d’un étudiant né en Corse d’un père indo-thaïlandais et d’une mère corse de Pondichéry ! Sur le plan diplomatique, l’affaire est délicate : l’Inde et la Chine s’intéressent de très près à l’enquête... Avec une parfaite désinvolture, l’auteur met en scène des personnages improbables, comme ces deux chinois au visage hilare, « une tour Eiffel à la main", ou ce vieux prêtre en soutane, aumônier à mi-temps chez les religieuses des Très Saints Stigmates, qui fume cigarette sur cigarette, le bréviaire à la main… Et puis il y a Bouchemaine, cet agrégé spécialiste de l’Inde, qui ressemble si étonnamment à son auteur : il parle une douzaine de langues, il a étudié le sanscrit, le thaï et le breton, qu’il trouve « trop facile, comme l’anglais », il a vadrouillé aux quatre coins du monde, il a ses habitudes à Bombay et a vécu longtemps à Rennes, « la capitale du crachin ». Le commissaire Corneille est, lui aussi, un personnage haut en couleur: c'est un homme prudent qui s'attend toujours au pire, il a une sainte horreur du sport et, comme son auteur, il aime à se rappeler le temps heureux de son enfance, "un temps d'extrême pauvreté mais chargé d'amour discret et de grandes espérances". Ce roman policier ouvre d’innombrables portes, y compris avec des éléments autobiographiques codés et cachés.

Michel Renouard est un écrivain aux multiples facettes. L’humour n’est pas sa seule tasse de thé, loin s’en faut. Il a longtemps enseigné l’anglais à  l’université de Haute-Bretagne et est devenu un des spécialistes de la littérature anglo-indienne. Il a créé un laboratoire de recherches, le Sahib (Société anglo-indienne et histoire de l'Inde britannique) et lancé la revue Les Cahiers du Sahib, qui, dans ce domaine, a fait autorité.
C’est aussi un grand voyageur, qui a passé sa vie à étudier les langues et la manière dont elles fonctionnent. C’est ainsi qu’il s’est intéressé  au sanscrit et, plus récemment, au thaï, une langue particulièrement complexe, pour en décortiquer la mécanique et la grammaire.



Et puis, en 2007, il y a cet extraordinaire roman d’espionnage, L’Indien du Reich. L’action se passe en 1942. L’Inde fait alors partie de l’Empire britannique. Un nationaliste indien, Subhas Chandra Bose, vient se réfugier en Allemagne. Il espère qu’Hitler l’aidera à obtenir l’indépendance de son pays. A Berlin, il est accueilli comme un véritable chef d’Etat par les dignitaires nazis. Hitler accepte que soldats indiens qui ont été faits prisonniers sur les champs de bataille soient regroupés dans des camps spéciaux. Une armée de 2000 hommes ne tarde pas à se constituer. Bose, « l’Indien du Reich », rêve d’en découdre par les armes. Les nazis le protègent : sur leur échiquier, il est un pion qui pourrait un jour les servir. Mais ils se méfient aussi de lui et le surveillent de près…

Sur cette trame historique parfaitement authentique, Michel Renouard a imaginé une formidable opération, baptisée Bushido. A Carlisle, dans le nord de l’Angleterre, un service ultrasecret d’espionnage et d’actions spéciales décide d’envoyer deux hommes à Berlin pour tuer Bose. Le choix  se porte sur un riche Anglo-Indien de mère allemande. Un curieux bonhomme, ce Kristen Loyd. Ancien élève des jésuites, il passe ses journées à apprendre des langues et à cajoler ses chats. C’est un homme libre. Il est assez fou pour accepter la mission. Son compagnon est un Gurkha qui lui sert de majordome, de cuisinier et de garde du corps. Et voici deux excentriques lancés dans un beau sac de nœuds !

L’aventure va les mener à Malte, dans l’Italie fasciste puis à Berlin. Transformé en dignitaire de l’église catholique, Kristen Loyd va arriver en voiture diplomatique au cœur de l’Allemagne nazie. Il réussira à vaincre les obstacles et à se retrouver en tête à tête avec l’Indien du Reich. « Tous deux étaient là aujourd’hui face à face, au milieu de ces roses symboles d’amour et de beauté, si parfaites en effet. »

Plus récemment, Michel Renouard a signé deux magnifiques biographies d’écrivains, celle de l’insaisissable T. E. Lawrence (Lawrence d’Arabie), puis celle de Joseph Conrad, le grand romancier de langue anglaise, auteur de Lord Jim et Au cœur des ténèbres. Passionnant.

B.S.

Michel Renouard est l’auteur de près d’une cinquantaine de livres, parmi lesquels je retiens :
Lumière sur Kerlivit, Desclée de Brouwer, 1964. Réédité en 1988 aux éditions Elor.
La Littérature indienne de langue anglaise, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je ?, 1997.
Histoire et civilisation de la Méditerranée, éditions Ouest-France, 2006.
L’Indien du Reich, éditions Privat, 2007.
Naissance des écritures, éditions Ouest-France, 2011
Lawrence d'Arabie, Gallimard, Folio biographies, 2012.
Joseph Conrad, Gallimard, Folio biographies, 2014.
Le Siamois de Brest, éditions du 28 août - Gisserot, 2016.

Son premier roman, "Lumière sur Kerlivit", est un livre pour la jeunesse.

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